2011-2012

Une manifestation culturelle, sociale et poétique pour évoquer tendrement l’isolement.

Une chaussette attend désespérément son « autre » au fond d’un tiroir.
Quel est donc son destin ? Finir en patte à chaussure ?
Se laisser oublier en attendant que surgisse la deuxième ?
Et qu’en est-il pour notre voisin, notre voisine ? 
La dame du coin de la rue ? Le grand-père à la maison de retraite ?

Dans le cadre de l'Association "Le Mardi, c'est relâche !"

Fabrication de doudous : A partir de chaussettes isolées et autres petits rubans et boutons cassés issus de promenades glanages et récupérations.

Ce projet à donné lieu à des ateliers de fabrication de doudous, gratuits; libres et ouverts.

Une occasion de réfléchir et d'échanger autour des questions liées à l'isolement, mais aussi au droit à la différence.

Alors, voilà. Victoire n'a pas grand chose. D'ailleurs, en fait, elle n'a RIEN

Sauf PLEIN de chaussettes isolées toutes seules...

Orphelines. 


A partir d''une chaussette perdue, l'Association "Le Mardi c'est relâche !" est allée jusqu'à faire un concert et a pu financer le trajet à Paris de 3 personnes ainsi que plus de 6 mois de soins pour la plus poucrave de toutes les chaussettes perdues : quelqu'un de malade à crever d'une maladie de bargeot, demandeur d'asile, déboutés de sa demande d'Asile à l'OFPRA comme à la CNDA, avec une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) sur le palteau pour lui, sa femme et ses 3 enfants... Euh... Vous avez pire ? Lui, il a la banane. Au dernière nouvelles, il va bien, d'ailleurs ! (Et... il est toujorus là !) VICTOIRE !!!

Doudous tordus, doudou bonhommes, doudous doux, beaux ou pas beaux, doudous tristes ou joyeux, doudous transitionnels pour parler de soi, parler des autres, raconter… Et sortir un peu de l’isolement… 

Libérons nos chaussettes de leurs tiroirs et cachettes ! Les chaussettes de Victoire, ça commence comme ça.

Les ateliers de fabrication ont eu lieu  dans un premier temps à la Librairie "Les yeux dans les arbres Rue du pavillon à Lyon 4 et nous avons décidé, en commun accord avec Catherine, que la librairie serait leur 'Foyer d'hébergement'.

Ces ateliers étaient libres, gratuits et sans obligation, le samedi matin. 

Ils ont très vite réunis une dizaine de personnes, mais rarement les mêmes, de tous âges entre 6 et 80 ans.

Pendant l'installation comme le bricolage, je saisissais toute occasion pour lancer la discussion sur l'isolement, mais aussi sur la Maladie d'Alzeihmer, maladie qui me touche particulièrement pour les dégâts collatéraux qu'elle peut faire pour les proches des personnes atteintes.

Bien sûr, "personne ne savait coudre", "personne n'avait de talent", "personne n'était capable" et tout le monde attendait que JE leur apprenne" ! 

Mais je me suis toujours obstinée à dire que "JE ne savais pas faire non plus".

Pas de Patron, non. (Une initiative... Anarchiste !)

J'accompagnais par contre mon petit groupe à prendre le temps de choisir sa chaussette... A se laisser émouvoir par un bouton qui devriendraint peut-être un oeil... à les masser, les bouchonner, les triturer, les... Regarder. Et à un moment :

 

"OOOOOOOOOOh !!!! On dirait qu'il me regarde !!!!

Pourquoi la maladie d'Alzheimer ? Et bien... Est-ce qu'on a pas un peu perdu son autre chaussette quand on part, comme ça, un peu trop loin dans sa tête ? Est-ce qu'on sait bien laquelle des deux à perdu l'autre ?

Alors, c'est gagné !

 

Fixer avec un brin de ficelle l'émotion apparue...  un regard... Tournebidouiller encore et se laisser prendre au jeu de l'humanité qu'il peut y avoir dans... Une chaussette trouée. Voilà pourquoi il n'y en a pas deux pareilles. Pas de patron, pas de norme et la satisfaction surprise voire stupéfaite chez les participants de découvrir qu'ils étaient... CAPABLES !!!! Tous seuls !

Anne Sylvestre - Doudou perdu

Et puis le premier constat auquel je ne m'attendais pas :

Toute le monde a remarqué la toute première... Mais dès qu'il y en a eu 10, 20, 30 et jusqu'à... 80 ? Plus personne ne les remarquait...

J'ai pu palper cette chose étonnante et malheureusement très vraie : quand il y a un SDF dons son quartier, on le voit. Dès qu'il y en a beaucoup... Les voit-on ? Les personnes âgées ? Les gens tous seuls ? Pas sûr...

 

 

Il faut bien reconnaître que nous nous sommes bien amusés....

Et j'ai commencé à organiser des "classes vertes" pour les doudous... et les ai emmener s'installer dans des Maisons de retraités, des Foyers de SDF... et les ai caché un peu partout.

Les vieux m'en ont piqué, ils en ont adoptés... Et c'est ce qui m'a donné l'idée suivante :

L'adoption des doudous.

(J'étais aussi un peu au bout de mon énergie sur cette histoire, tout ceci étant intégralement bénévole et si j'avais été rentière, ç'aurait moins été un problème.... Mais... Ce n'était pas le cas, et je n'ai jamais su comment "financer" ce projet, ne serait-ce que pour gagner 3 sous afin de le pérenniser... OUPS.

L'adoption des doudous : ​une vente aux enchères !

Sous le regard tendre et bienveillant de Pasquale D'Inca, qui s'est prêté au jeu du Commissaire d'enchères... les doudous ont été adoptés, quelques jours avant Noël, dans les rires et la joie, portant les enchères jusqu'à 60 euros la star des doudous !!!

Avec les bénéfices de cette vente, j'ai  pu payer une partie des soins d'acuponcture pour mon ami Hayk, demandeur d'asile, atteint d'une sclérodermie systémique (une vieille chaussette troue pourrie, quoi...) ainsi que notre voyage à Paris, avec son épouse, pour son entretien avec la CNDA (Cour Nationale du Droit d'Asile)

Et comme je crois fermement que c'est difficile de recevoir de l'aide "comme ça", je lui ai proposé d'offrir aussi quelque chose de lui, à savoir : un concert de piano !

 

 D'abord pour exprimer son talent de pianiste, et compléter une peu de quelques sous les soins de sa maladie merdique. Surtout pour qu'il ne se sente redevable de RIEN.


Il m'a dit "oh non, c'est trop compliqué".

(A sa décharge, sa maladie lui recroqueville les doigts car ses membranes rétrécissent... Oui, c'est moche. Et depuis sa fuite d'Arménie, puis de Russie - 7 ans - il n'a pas touché un clavier. Bon, je reconnais que ce n'est pas évident d'envisager fair un concert public dans ces conditions.)


J'ai dit :

"ça ne peut pas être plus difficile que de chanter la Bohème en Arménien pour moi !

(je ne sais pas chanter, je ne parle pas Arménien et je n'ai jamais chanté en public. Bon, on est quitte !)


Il a dit "Chiche."
j'ai dit "Oh merde..
"

Nous avons  pu répéter quelques temps avec un piano prêté gracieusement par BacklinePianos de Lyon, et ça, c'était... Seulement génial de leur part et tout à fait inhabituel. Je les remercie encore...


ET ON l'A FAIT !

Accueillis gracieusement par l'école de musique de Décines (Ville choisie à cause de la dense population  Arménienne, bien sûr...) et dont le Directeur n'était autre que...  le professeur de solfège de mes 14 ans : Richard Giroud ! Un pur hasard comme on les aime !

 

VICTOIRE !

 

Pour toutes les vieilles chaussettes trouées, perdues, oubliées et évadées,

rencontrées au long de ce périple (ou pas)

Pour l'Arménie, pour l'amitié, pour mon frère  Hayk Petrosyan et sa belle belle épouse Gayane, Pour Narek, Chouchane, David, Lou, Nino et Acco !

 

Rions chantons, aimons, ne rejetons pas nos vieilles chaussettes et... advienne que pourra !

Beaucoup des photos des doudous ont été prises par Titus Rodier ou Françoise Hoffmann, que je remercie ici

Anne Sylvestre - Doudou perdu

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