Journal de guerre - Jour 12 Soir

Au soir du 12ème jour, je ne savais plus quel jour on était.

Alors je me suis fait une soupe à l'oignon, pour me faire croire qu'on était pas loin du 14 décembre et que je m'entrainais à la meilleure soupe du monde. La prochaine. Celle pour nous retrouver.

La soupe à l'oignon et la banane écrasée, réparent tous les chagrins. Ce n'est pas moi qui le dit ! C'est écrit dans mon bouquin.

J'ai fait chauffer l'huile longtemps. Les oignons ont doré, ont mollis, se sont bien attendris. J'ai mis beaucoup de poivre pour passer ce moment avec Michel Conte, qui m'a tout appris de la soupe à l'oignon et aussi beaucoup de l'huile de cuisson. J'ai rajouté de l'ail et pas mis de vin blanc. Je ne suis pas allée chercher la bouteille de Melting Pote, le vin de mon cher, très cher et si vieil ami Grégory Laurent, dans la cave, la grosse, le Magnum que je garde pour la vraie occasion, celle que je garde pour un vrai rendez-vous. Le prochain. Avec vous. Au jour du 12ème jour le temps et l'espace ont réduit. Tout comme mes oignons. Je n'ai rien écouté. Je n'ai rien regardé. Je n'écouterai rien. Je ne regarderai rien. Je m'en fous un petit peu. Au soir du 12ème jour, j'avais bien assez de mal à ne serait-ce que bouger un bras de ce corps si lourd pour que porter le monde qu'il rie, qu'il pleure, ou bien qu'il se confine, était bien trop pour moi. Au matin du 12ème jour, u midi du 12ème jour, au soir du 12ème jour, je n'étais plus qu'une soupe. Une soupe dans un lit un oignon sous la couette. Je n'étais plus seule. Mais loin de tout, de tous. 12 jours, ce n'était rien. Il restait tout à faire. 12 jours ne comptent pas. Hier, demain, non plus. Demain n'existe pas Hier n'existe plus. Mon cerveau est une soupe, un bouillon plein d'oignons. Faire des phrases me coûte. Réfléchir, un défi. Je vais me mettre au four, bien au chaud en sandwich entre une tranche de pain et du gruyère râpé.

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