Journal de guerre - Jour 15/2

Au 15ème jour, j'avais beaucoup à dire, encore plus à écrire. Plus mon corps était las, plus ma pensée vive.

Au 15ème jour, c'était toujours dimanche, un peu comme un lundi. Pour moi, ça voulait dire "Allez ! Le plus dur est passé, on repart du début, on passe à autre chose, c'est bien, on continue".

J'aime pas les dimanches. Les dimanches, ça voulait dire "Oh non, tout mais pas ça : je dois quitter mon père". Les samedis "Au secours! Ah non, pas ça ! Je repars chez mon père... Et je quitte ma mère". Heureusement que mes frères étaient là, avec moi, pour me taquiner, me charrier ou me faire résolument chier, mais tous les jours, eux. Le samedi : le chemin des platanes, la route aux arbres tristes, le virage de Tarare. Le dimanche la même, dans l'autre sens. Une fois tous les 15 jours.


Same/ Same. Pareil pareil. Par tranche de 15 jours. Plus tard, beaucoup plus tard, le dimanche, ça voulait dire hurler à en crever dans le virage de Tarare, la route aux arbres tristes, le chemin des platanes, alors que le vendredi ça voulait dire raclette, ça voulait dire un gros tas sous la couette, les blagues de mon fils, les devoirs, les bêtises, les rires et les pleurs. Une fois tous les 15 jours. Same/ Same. Pareil pareil.

Par tranche de 15 jours. Une chose était commune à tous les dimanches soirs : l'angoisse du lendemain, l'angoisse des bancs d'école pour ma fille chérie. Angoisse exponentielle selon que le dimanche était veille de rentrée ou rythme habituel. Le lundi ça voulait toujours dire "Allez ! Le plus dur est passé, on repart du début, on passe à autre chose, c'est bien. On continue". Certains de mes collègues, à qui je demandais comment ça allait, me répondait "comme un lundi" (ça voulait dire "pourri".) D'autres répondaient "ça va" sans retourner la question. D'autres, le plus souvent, un poli "ça va et toi" comme s'il ne répondaient rien. Il fallait bien y aller, reprendre le turbin, il fallait bien manger, gagner un peu son pain. Tous les lundis de ma vie n'étaient pas au soleil, mais tous bien moins pires que n'importe quel dimanche. J'ai vécu aussi, les dimanches sans enfant. Les dimanches sans frères, ni parents, ni enfants. Je me suis démerdée pour avoir un amant qui accueillait son fils pendant ces dimanches-là. Soit que je doive les quitter pour cette occasion-là, soit que je les observe en n'ayant rien à dire. L'horaire était le même dans toutes les familles. Un 17, 18 heures afin d'avoir le temps, du bain et du repas, de vider tous les sacs, de voyage et de coeur. Same/ Same. Pareil pareil. Par tranche de 15 jours. Le lundi ça voulait toujours dire "Allez ! Le plus dur est passé, on repart du début, on passe à autre chose, c'est bien. On continue !" Je ne voyais pas la fin de ce si long dimanche. Mais au 15ème jour, j'avais beaucoup à dire, encore plus à écrire. Plus mon corps était las, et plus ma pensée vive.

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