Journal de Guerre - Jour 17-2

Au 17ème jour, de la question du « lit », ma pensée avait bifurquée vers amour, d’amour elle avait pris plus à droite, virage vers « l’économie du Sexe » et plus globalement la direction « comment pouvaient bien vivre mes concitoyens, au-delà de la dimension affective, la question du sexe. »

Pour une fois, je poussais l’investigation au lieu de me contenter des informations qui venaient seules à moi.

France 3 était précis. Concis. Efficace. En quatre questions cruciales dont voici les réponses. 1- (la période de confinement pouvait) être l'occasion de mettre fin à un déni. L’un et l’autre étant face aux difficultés, quitte à ce que cela débouche sur une rupture. 2- L’acte sexuel produisait des hormones bénéfiques comme l’ocytocine ou l’endorphine qui renforcent notre système immunitaire, par exemple, en diminuant les risques cardiovasculaires, mais aussi en diminuant le niveau de stress et en améliorant la qualité du sommeil. Le seul risque que l’on prennait serait donc… de se faire plaisir. 3- le confinement pouvait aider à faire un tri : certaines relations extraconjugales prendraient probablement fin, mais d’autres reprendraient de plus belle. Ce serait donc l’occasion rêvée, pour chacun de revoir ses priorités, parfois au profit de l’amant ou de l’amante. 4- Enfin, à la question de la masturbation qui pourrait être au dépend de la sexualité (phrase ainsi exprimée…) la réponse était claire : « Non, la masturbation étant un temps pour soi, un temps pour explorer sa sexualité et, par la suite, mieux orienter l’autre vers son plaisir. »

Le confinement, c’était très bon pour nous.

(Ceci étant, l’article précisait tout de même un risque qui pouvait entamer la qualité des rapports : la pornographie. Ou plutôt une consommation excessive de films pornographiques ». En effet, l’article finissait en ces termes : « Si on est dépendant à la pornographie, notre imaginaire ne se lie plus qu’à ça et peut devenir beaucoup plus pauvre. C’est le risque. Mais attention, il y a plein d’autres manières de se masturber. »)

Nous voilà rassuré.es. Presque. Ou prêts à commander le « Petit Manuel de masturbation » afin de tenter de sauver la planète en remontant d’un cran ou plutôt en descendant de la largeur d’une main du nombril vers le clitoris (pour changer un peu la taille du pantalon)

Pour une fois, j’étais fort étonnée : la fréquentation des sites de rencontres avait épouvantablement chutée. CNews était formel : le confinement avait poussé plus de 1,1 million de membres à se désintéresser de Tinder, Happn, Once, Meetic...sur les 2,64 millions de célibataires habituellement réguliers. Le journal Le Point nous confirmait l’info : « Pour les 8 millions de célibataires que compte notre pays, l'obligation de demeurer à la maison emporte, en effet, l'impossibilité de « draguer » in vivo. On aurait pu penser que les circonstances seraient une aubaine pour les sites de rencontres qui offrent des possibilités de dialogue virtuel. C'est tout le contraire qui se passe. »

Tous, même Cosmopolitain étaient formels (ou bien tenait l’info de la même source sûre) : 55% des célibataires tournaient le dos aux sites de rencontres (peut-être à leur conjoint maison n’en parlait pas.)

Sale temps pour l’économie de la rencontre amoureuse.

Pour les prostitué.es de France, c’était la catastrophe. Pas de chômage partiel. Pas d’indemnité d’un éventuel statut indépendant, même si déclarées en tant qu’auto-entrepreneur. Pas de fond d’urgence pour une cause commune. Pas de reconnaissance d’une fonction héroïque, pas d’applaudissements du haut des balcons bien qu’ils/elles payent aussi taxes et impôts, et revêtaient pourtant le rôle de psychologues, de sexologues, d’ami.es attentives parfois, de partenaires de jeux, ou encore d’instruments à soulager Messsieurs.

Aux Pays-Bas, les travailleurs du sexe étaient particulièrement en grande difficulté, les clubs libertins et les maisons closes étant obligés de fermer leurs portes pour le moment. Les rues du quartier Rouge était désertées tout autant que la Place de Moscou où ne virevoltaient plus les cheveux blonds du joli guide Nathalie pour oublier un peu le tombeau de Lénine et rêver du prochain chocolat au café Pouchkine.

Ils/elles devaient se retourner, et vite, rebondir, inventer des issues de secours pour éviter de se retrouver à la rue de à la rue si elles n’avaient pas de webcam leur permettant d’organiser leur télétravail.

En deux semaines.

L’activité semblait s’être positivement déportée vers les sites de « livecam » qui observaient gagner des clients célibataires mais qui perdaient hélas les hommes en couple qui ne pouvaient plus se rendre sur les sites en question. Les clients fidèles (fidèles au site, s’entend) étant bien plus disponibles demandaient beaucoup plus d’attention », nous précisait une jeune femme de 33 ans, autoentrepreneuse, devenue « coach » pour aider les femmes et les couples à se lancer dans ce monde de cam amateur.

Un article de 20 minutes évoquait que « ce monde virtuel, héritier du « Minitel Rose »des années 80, animé par ces fameuses camgirls mais aussi des camboys – était d’ailleurs en passe de concurrencer sérieusement l’industrie pornographie plus classique. » On se demandait si on n’assistait pas à « une sorte d’ubérisation du X » En effet, si l’on voyait augmenter le nombre de clients sur ces sites de sexcam, on constatait aussi une augmentation d’hôtesses et hôtesses pour offrir (à prix double) le service attendu, les plate-formes leur prenant entre 30 et 70 % de leur chiffre d’affaires (restons solidaires).

Si l’activité professionnelle en télé-travail demandait, si l’en est, une rigueur, une discipline et une foie absolue, le télé-travail du sexe était encore plus dur même si bien moins dangereux, pour toutes celles et ceux qui ne vivaient pas dans 300 m2 et devaient gérer, leur conjoint, les courses, le ménage et surtout leurs enfants. Car ce n’est pas parce qu’on s’offre en partage, qu’on est moins sujet.te à la misogynie ambiante.

Tandis que le gouvernement français lançait un appel à solidarité COVID-19 jusque dans les bornes de cartes bancaires du Monop’, qu’on essayait de relancer ces élans de solidarités volontaires qui avaient permis d’espérer les travaux de Notre-Dame à Paris, et que d’aucuns trouvaient naïvement que l’Impôt Sur les grandes Fortunes pouvaient servir à cela, pas un mots pour les putes, les frangin.es, les belles de nuit, les saintes qui oeuvraient en silence dans le velours des nuits pour l’équilibre physique et mental de notre société. Et pouvoir, accessoirement, bouffer.

A Lyon, l’Association Cabiria, alertait sur la situation et lançait un appel aux dons. Facebook proposant de soutenir des causes pour les anniversaires, moi, je proposais de soutenir celle-ci : 

https://www.helloasso.com/associations/association-cabiria/formulaires/1

Ce site utilise certainement des cookies mais je ne sais pas dut tout comment ça marche.