Journal de Guerre - Matin Jour 11

Au réveil du 11ème jour, tout était autant sans dessus dessous que réel en moi et l"évidence flagrante. C'était une blague. Un Truman show. Une caméra cachée. Une immense farce. Je venais de faire un cauchemar de dingue.

Dans mon rêve, le Président avait fait une allocution sur le front, dans un décor monté à la hâte, empruntant une tente marron à la Goldwyn Mayer pour chiader l'effet "guerre". Il y avait eu un grand casting de comédiens et comédiennes pour jouer les épidémiologistes, les urgentistes, les spécialistes, les journalistes. On avait relativement veillé à la parité : un sosie du Christ, une jeune médecin qui reconnaissait ne pas avoir pris la situation au sérieux, mais maintenant oui, une porte parole du gouvernement répondant à tous les clichés "quotas" dans un machisme crasse : femme, noire et d'une bêtise habituellement attribuée aux blondes. (Non, elle n'était pas bête : elle était maladroite. Ok ?) Peu de blonds.

Pour nous convaincre de rester chez soi, il y avait plusieurs ingrédients qui fonctionnent toujours : Une BO assez simple : des reprises parodiques toutes plus géniales les unes que les autres de chansons existantes nous demandant de restez chez nous.

Un matraquage médiatique nous permettant de seulement imaginer et phantasmer les blouses blanches dans des tentes de fortune, les pieds dans la boue, les cadavres arrivant en masse comme un flot discontinu sur des brancards de bois, l'un amputé par une bombe, l'autre défiguré, un autre encore dégoulinant de fièvre et le regard vide, tous râlant dans un dernier souffle "je vais mourir seul et loin de mes enfants dites à mon ex que je l'ai toujours aimé et que c'était pour rester en contact, le procès. Surtout restez chez vous" La Police pour convaincre les derniers.

Soit : Musique / Culpabilité / Sanction

On déployait "l'Opération Sentinelle", on allait déployer l'Opération "Résilience". Charles de Gaulle était un poète de l'Antiquité et avait piqué son chapeau à Prévert. B4 - H12 : coulé ! Super série Netflix. Gratuite. Un immense Jeu de rôles grandeur nature.

Au matin du 11ème jour, je venais de rêver que c'était nous le virus. Nous. Moi, toi. Nous. Le responsable, mais aussi le microscopique truc à abattre.

Le gouvernement avait pris en main tout à la fois : les crises des Gilets jaunes, du chômage, des retraites, des radicalismes, la crise économique, TOUT ! Tout d'un coup. Même les risques d'attentats terroristes, si ça se trouve. C'était sans doute beaucoup plus simple de pouvoir observer désormais les livraisons de kalashnikov dans des rues désertes. (en espérant que la consultation des vidéos Youtube sur la fabrication des bombes artisanales avec du Bicarbonate de soude et du vinaigre blanc soient pistées par le FBI)

Comme dans cette émission de télé où on refait l'intérieur d'une maison pour mieux pouvoir la vendre : on fout tout dehors et ON JETTE ! On trie, on balance, on vend, on se débarrasse. On repart de vide, ce sera plus simple. On ne garde QUE l'ESSENTIEL. Allez ! Tous unis pour le grand ménage de Printemps ! On était en train de voir le Code du Travail partir à la benne. Le CAC 40 ? On garde.

Quoi de mieux qu'une guerre pour reconstruire un pays ?

Au matin du 11ème jour, je mélangeais tout avant d'avoir ouvert les yeux. Dans mon demi-sommeil Le gouvernement avait pris la tête des Gilets Jaunes et nous faisaient croire qu'il en était le porte-parole et portait lui-même le drapeau "Il faut nationaliser ! Certains secteurs ne peuvent pas être pensés en termes de profits ! Bandes de cons, je vous l'avais bien dit !"

Bon. Heureusement que tout cela n'était qu'un rêve... Un cauchemar. Du passé. J'avais du boulot : j'allais rejoindre les copains pour semer, biner, entretenir le Grand Boulevard qui était devenu un magnifique potager. Il y avait énormément de boulot dans la ville depuis que nous avions entrepris de cultiver tous les espaces libres, de planter des arbres pour aider à supporter le réchauffement climatique, et que la nourriture végétale était à disposition de toutes et tous, en libre accès.

Comme les désherbants et engrais chimiques n'existaient plus, il nous fallait entretenir chaque jour les allées, les tonnelles fleuries, les arbres fruitiers, avec nos petites mains. Mon voisin avait mis à disposition une de ses épaves pour en faire une petite serre parfaite dans laquelle commençait à germer ciboulette, persil et tomates cerise.

Nos revenus Universels étaient plus bas qu'imaginés au départ mais ils étaient désormais suffisant car n'ayant plus de voiture et la nourriture étant soumise uniquement à notre travail et à notre ingéniosité pour faire avec le climat, nous avions besoin de beaucoup moins, individuellement comme collectivement. L'autoroute était devenue une réserve naturelle somptueuse. Les raffineries des Musées.

Ce qui me réjouissait surtout à me lever ce matin, c'était d'aller chanter, dehors, avec les autres, tout en grattant la terre et de savoir que nous ne manquerions de rien, que nous avions TOUT : la liberté, l'égalité, la fraternité et désormais la laïcité.

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