Journal de Guerre Nuit@Jour

Il n'y avait plus ni début ni fin.

Qu'un long ruban de soie qui se déroulait. 


Je m'amusais à ne regarder ni la date ni l'heure de mon si long dimanche. Il était parfaitement l'heure pour faire ce que j'avais à faire quand mon corps se décidait à le faire.


Ce n'était ni un rêve, ni un cauchemar, mais la réalité.

Aussi vrai que l'arbre qui n'a pas de nom cachait désormais l'immeuble d'en face de son magnifique feuillage vert.


Je n'obéissais plus au rythme conventionnel des jours qui s'alternent avec des nuits, des jours de boulots qui s'alternent avec des jours de repos, mais plutôt d'un état qui passait à un autre état sans plus savoir vraiment ce qui s'arrangeait ou ce qui était pire que l'instant d'avant.

Il y a quelques heures j'avais voulu offrir quelques mots à mon frère au téléphone. Quelques mots rassurants, comme ça, pas longtemps. En voulant seulement dire "j'aimerais cet été travailler avec toi, sur ton île dans le vent" je m'étais rappelé que très certainement il n'aurait pas le droit de faire sa saison, de faire son spectacle, d'accueillir ses élèves et les larmes étaient montées d'un coup. Comme ça. Seulement l'émotion. Il n'y avait rien de grave, il y aurait des solutions, cette idée était hautement improbable, et de mon côté j'aurais sans doute bien d'autres choses à faire ! Tout cela trouverait des solutions. Mais l'émotion était montée et je ne pleurais plus je suffoquais, j'étouffais je n'arrivais pas même à compter ! Moi, la compteuse dans toute adversité, moi la conteuse de toutes les adversités, je ne pouvais plus compter. Un instant, j'ai cru que l'heure du 15 était arrivée.


Alors j'ai raccroché et je me suis calmée.

Il me fallait faire vite et j'y suis arrivée.

Je décidais alors qu'il serait désormais raisonnable de m'en tenir à l'écrit et de me taire le plus possible. Car parler rendant quasiment impossible de maîtriser le volume d'air qui rentre et le volume d'air qui sort, ça devenait périlleux.


Elle était là, la guerre, Monsieur le Président. Et même là, voyez-vous je continue de trouver le mot bien incongru.

Je me savais désormais ne tenir qu'à un fil, mais c'était le fil de fer d'une fildeferiste. En regardant au loin, bien loin, droit devant, concentrée sur mon équilibre, avançant pas à pas, je restais incontestablement confiante et portée, comme soutenue par une autre forme de gravité. Car je n'ai pas tout à fait dit mon dernier mot.


Mon voisin de l'immeuble d'en face venait de m'appeler par la fenêtre et il dit "Bonjour, on ne se connait pas mais vos voisins m'ont dit que si vous n'applaudissez pas le soir c'est que vous êtes au lit". J'ai vu vos pots, depuis des années là devant, de ma fenêtre alors je me suis dit que j'allais faire le jardin pour vous. j'ai ramené des carrés, cet après-midi j'irai acheter du terreau je ne sais pas où car ma carte bancaire est bloquée et ils n'accèteptent pas les espèces à Caluire. Qu'est ce que vous en dites des fraisiers, des tomates et des framboisiers, ça vous irait ?"

Que vouliez)vous que je dise ! J'ai évité de pleurer pour ne prendre aucun risque, alors j'ai juste sourit et mes lèvres ont dessiné "merci" Il a dit "Allez vite vous recoucher : je m'occupe de tout !"

Dans mon coeur essoufflé je n'étais plus que gratitude pour cette vie insensée et tellement généreuse avec moi.




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