Couvre feu



Cette nuit, ils sont venus me voir.

Nous avons fait un grand feu et nous nous sommes racontés des histoires.

Nous avons bu et nous avons chanté.

Nous avons fait le repas dans une grande marmite et nous avons mangé dans des miches de pain. Nous nous sommes réchauffés les coeurs et les âmes. Nous avons célébrés nos humanités.


Cette nuit, je les ai écouté.


Ils étaient manouches, bohémiens, gitans, Ils avaient des caravanes bariolées et de la musique chantait de leur nuit.

Ils fabriquaient des casseroles et vendaient des chevaux. Ils sont devenus des Roms même quand ils sont Syriens.


Ils étaient gueux mendiants ils trainaient les trottoirs de la ville et on ne savait pas où ils dormaient.


Ils étaient vagabonds, clochards, ils allaient de village en village Ils travaillaient dans les fermes et dormaient dans des granges.


C'étaient des clodos, des SDF (ah non pardon des "sans domicile fixe" et faut pas mettre de S à Domicile) Ils étaient revenus en ville depuis que la campagne était aussi des villes. Ils dormaient sur les bancs jusqu'à ce qu'on fasse des petits sièges individuels pour qu'ils ne dorment pas sur les bancs. Ils dormaient sous les ponts.


Ils étaient immigrés dans des tours Ils sont devenus demandeurs d'asile dans des Centres d'Hébergement d'Urgence jusqu'à ce qu'ils soient des migrants parqués dans des parcs.


Aujourd'hui, ils sont les "sans papier"

Et ils ont, tout comme moi, couvre-feu à 21 heures.


En moi, le feu de cette nuit retrouvée parmi eux. En moi le rêve de mon enfance en entier. En moi Manolo qui tient fort ma main. En moi, un chant murmuré.


Sur ma fenêtre, cette bougie pour les peuples qui vivent dans la terre et pour ne pas oublier que j'ai un toit pour couvrir mon feu.

Dans ma cuisine, cette bougie pour me rappeler que dans mon monde intérieur, il y a toi et que mon feu ne s'éteindra pas.

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